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Histoire

Pionnier de l’aviation > Les Hélicoptères du marquis Pateras-Pescara (1890-1966)

helicoptere pescara
Notre article précédent sur l’histoire de l’aviation argentine a suscité beaucoup d’intérêt de nos lecteurs. Il a également éveillé l’intérêt de monsieur Christian Pateras-Pescara fils du dénommé Raoul, marquis Pateras Pescara de Castelluccio. Il nous fait part de la saga de son père.

Raul (ou Raoul) est né à  Buenos Aires en 1890 (et décédé à  Paris en 1966). Il était le fruit de l’Union d’un piémontais et d’une française. A l’âge de 8 ans il part vivre en France chez son grand-père maternel. Il fit des études à Nice pour devenir avocat. Il est passionné par la mécanique et apprit à 21 ans la technique de l’aviation assiège pendant 6 mois le bureau d´Eiffel assis sur une chaise pliante jusqu’au jour où celui-ci accepte d’essayer ses projets. Il est un inventeur argentin, spécialiste des hydravions, hélicoptères. C’est un des pères de l’hélicoptère (du grec heli=spirale, et pteron=aile), ainsi que des moteurs, compresseurs et générateur à  pistons libres Pescara. Il est également l’inventeur d’une manette commandant la variation globale du pas des rotors, permettant à  l’hélicoptère de monter ou descendre verticalement. Cette innovation des commandes se retrouvent dans les appareils actuels sous les noms respectifs de commande de pas cyclique et de pas collectif.

Les Hélicoptères du marquis Pateras-Pescara (1916-1931)
Son projet d’hélicoptère n’intéressant pas la commission militaire argentine il se rend à  Barcelone en 1916. Là, Raoul Pateras Pescara rencontre Jorge Loring Martinez, ingénieur et pilote pour créer la société anonyme « Helicopteration Pescara ». ll dépose plus de 40 brevets de 1918 à  1923 et transmet à  l’Académie des Sciences les résultats de ses essais que Paul Painlevé publiera le 4 Avril 1921. Le gouvernement Français envoie une délégation auprès de lui pour négocier sa venue en France au Service Technique Aéronautique.  Les différents appareils de son invention seront présentés au salon de la locomotion aérienne à  partir de 1921.

Pescara 2R
pescara 2R

L’hélicoptère PESCARA type 2R qui est exposé depuis décembre 2007 au Musée de l’air et de l’Espace du Bourget comprenait ces détails techniques:

  • 2 hélices de 6,40m de diamètre, à  6 pales biplanes, à  axes verticaux concentriques.
  • Largeur des pales : 0,4m.
  • Écartement des plans des pales : 0,50m. Surface du cercle balayé : 32m2.
  • Longueur de la nacelle : 5m.
  • Hauteur de l’appareil : 3,2m.
  • Poids total en charge : 800Kg

Ses différentes inventions, améliorations sur les principes de l’hélicoptère et de l’autogire lui permettent de battre à  différentes reprises des records du monde de distances et durée en vol en 1924 avec le modèle 2F (Fig.1). Par exemple: en janvier son vol dure plus de 10 minutes.

Le 16 janvier 1924 la performance est de 1160 mètres et le magazine Time du  28 janvier 1924 célèbre ce nouveau record: « The Marquis Pateras Pescara broke his own world’s records for helicopter flight by remaining in the air eight minutes 13 4/5 seconds while flying 1,160 meters « about two-thirds of a mile » in a vertical line. He will now try for the prize of the Aero Club of France, which requires a flight of 500 meters, with return and landing within a circle ten meters in diameter. »

Record du monde 1924 – Raoul Pescara dans le TIME du 28 janvier 1924
Pescara 1924
Le 18 avril 1924, le nouveau record du monde de vol est de 736 mètres en 4 minutes et 11 secondes (soit environ 13 km/h) à une hauteur de 1,8 mètre.

Hélicoptère Pescara modèle 4S en vol
Pescara 4s

Les études sérieuses démontrent physiquement et mathématiquement que le marquis a inventé le premier véritable hélicoptère, le seul a pouvoir à  cette époque se déplacer en ligne droite, à  virer… A ce propos le Larousse de 1922 donne la définition de l’hélicoptère et l’illustre avec le système Pescara (Fig.2). Il est regrettable que ce génial inventeur soit tombé dans les oubliettes de l’histoire en ne retenant que les noms de Cornu et de Oehmichen et en leur attribuant cette formidable invention qui a révolutionné les modes de transport modernes. A noter également que  Sikorsky a utilisé de nombreuses inventions et améliorations du marquis pour fabriquer ses premiers hélicoptères en série en 1939.

Ni la France et ni l’Argentine n’ont conservé sa mémoire, alors qu’ils sont si habiles pour attribuer des noms de rues à  des personnes dont la gloire est discutable.

A noter: Raul Pateras Pescara est l’inventeur du premier hydravion lance-torpille (testé par la marine italienne en 1912). De 1929 à  1936  il se lance dans la fabrication de voitures à  Barcelone (Nacional Pescara) dont un cabriolet sport en 1933 avec une vitesse constructeur de 160km/h. Puis de 1936 à  1967 avec la fabrication de générateurs et de moteurs à  pistons libres.

Fig. 1: L’hélicoptère PESCARA type 2F avec lequel de nombreux records du monde ont été battus en 1924:
Pescara 2F

Fig.2: Édition du Larousse de 1922
Larousse 1922

Article adapté à  partir des textes et photos envoyés gracieusement par Monsieur Christian de Pescara

Sites d’intérêts: Les hélicoptères Pescara / www.pateras-pescara.net/

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8 Commentaires

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  • Christian,

    Es-tu bien certain que : « Mon père n’était pas hélas un compatriote de Don Quichotte ni du commandant Lamé. »

    Si je ne m’abuse :

    1 – Miguel de Cervantes Saavedra était espagnol

    2 – Les romans El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha et Segunda parte del Ingenioso Caballero Don Quijote de la Mancha furent publié à Madrid en 1605 et en 1615.

    3 – La cerise sur le gâteau, je t’invite à relire ou a découvrir ce magnifique roman car il y est question d’un cheval de bois et volant dénommé « Clavileño el Alígero » (Clavilègne-le-Véloce).

    Je te livre ici les caractéristique de ce cheval : « y con la clavija que trae en la frente » (il porte une cheville au front) et qu’il « chemine avec une prodigieuse célérité ».
    Interloqué, Sancho demanda : « con qué freno o con qué jáquima se gobierna » (mais avec quel frein ou quel harnais se gouverne-t-il) (…) Je viens de dire, répondit la Trifaldi :« que con la clavija, que, volviéndola a una parte o a otra, el caballero que va encima le hace caminar como quiere, o ya por los aires, o ya rastreando y casi barriendo la tierra, o por el medio, que es el que se busca y se ha de tener en todas las acciones bien ordenadas »
    Si vous préférez c’est avec la cheville, en la tournant d’un côté ou de l’autre, le cavalier qui est dessus le fait marcher comme il veut, tantôt au plus haut des airs, tantôt effleurant et presque balayant la terre, tantôt au juste milieu, qu’il faut toujours chercher dans toutes les actions bien ordonnées.

    Bref si c’est pas un joy stick ça, je mange mon chapeau !

    4 – Or Cervantes a précisé qu’il a emprunté l’idée de son cheval de bois commandé par une cheville au roman chevaleresque Pierre de Provence et la Belle Maguelonne et Roland (1533) .

    5 – Si je ne m’abuse en 1388 les territoires de l’est Var du comté de Provence, à la suite de la mort de la reine Jeanne, ont été rattachés aux États de Savoie par la Dédition, aboutissant au comté de Nice à partir de 1526… et le pays niçois revint aussi à la maison de Savoie… qui avait annexée le Piémont en 1418…

    6 – Les espagnoles n’occupèrent-ils pas la Savoie de 1742 à 1748 ?

    Etc, etc, etc

    Bref, avec ta grand mère on rejoint la belle Maguelonne !

    Ton grand père qui était né dans une ex-colonie espagnole et avait fait ces études à Nice. Il ne pouvait donc qu’avoir lu Miguel de Cervantes Saavedra et sa magnifique fable « El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha ».

    Conclusion : C’est dans l’inspiration de ce roman espagnol qu’il puisa l’idée de son JOY STICK………… à BARCELONE !

    PS : Je ne connais pas le commandant Lamé mais si tu me donne quelques précisions, je dois pouvoir trouver les liens avec l’Argentine, Espagne, Savoie-Piémont, Nice, Cervantes, don Quichotte et Raul Pateras Pescara…

  • Je m’étonne que personne ne sache que c’est à Barcelone que Monsieur le marquis Raul Pateras Pescara, demeurant 20 calle Buesna Suerte, déposa son 1er brevet d’hélicoptère le 20 novembre 1920 qui par convention fut aussi déposé aux Royaume Unis à cette même date.

    Mais le pire est à venir.

    Savez-vous qu’il dénomma le 1er « sa manette commandant la variation globale du pas des rotors » de JOY STICK – littéralement « bâton de joie » – avant l’invention des jeux vidéo et autres Airbus – dont il déposa le brevet en Espagne et au Etats-Unis, le 4 avril 1922.

    Le titre du brevet n° 1,550,739 est sans ambiguïté possible car il s’appel simplement : « JOY STICK »…….. « I have invented à new joy stick for helicopters, off the following is a spécification ».

  • Bonjour
    je suis la belle-fille d’un petit fil de votre pere(jean-jacques). Mon beau-pere admirait son grand-pere c est pour ca que je recherche un livre sur le marquis raoul pateras pescara de catelluccio pour lui offrir.pouvez-vous me renseigner
    Je vous remercie par avance.

  • Analyse non exhaustive des évènements des années 1923 et 1924 qui ont amené la presse à mettre en concurrences les appareils Oehmichen et Pescara.
    Intéressant d’analyser les documents de l’époque du concours de 10000 FF pour hélicoptères organisé par l’Aéroclub de France officiellement après le premier mars 1923.
    Texte dans l’aérophile du 1er-15 avril 1923

    « un prix de 10.000FF offert par l’Aéro-club de France sera attribué au premier hélicoptère monté qui aura franchi une distance en circuit fermé de 1 Km, à une hauteur au-dessus du sol d’au moins 1 m.
    L’épreuve aura lieu en France continentale.
    Elle est ouverte internationale, sauf aux concurrents appartenant à un pays ayant été en guerre avec la France, de 1914 à 1918.
    Les conditions de l’épreuve prévoient la définition de la zone de départ qui est figurée par un cercle tracé sur le sol de 10 m de rayon ayant pour centre la projection du siège du pilote ; la hauteur d’évolution est contrôlée à l’aide d’un cordeau lesté d’un poids de 2 kg fixé en un point d’une verticale passant par le siège du pilote.
    Le poteau sera fixé à 500 m du centre du cercle dans une direction indiquée par le concurrent ; l’appareil devra virer autour du poteau et revenir atterrir, sans aucune avarie, dans la zone de départ. »

    M. E. Oehmichen raconte dans l’Aérophile du 1er au 15 mai 1924 qu’il ne respecta pas le règlement du concours car son terrain de 500 mètres était trop dangereux. Il réalisa un triangle au lieu d’un aller et retour devant le capitaine de marine Chollat.

    Cet envoyé du STAé a certainement laissé un rapport qui détermina l’octroie du prix !

    Les appareils en compétition sont très différents. Le laboratoire volant n°2 de M. E. Oehmichen ne trouve pas sa place dans la définition du mot hélicoptère inventé en 1861. confirmée par les Larousse de l’époque et par des travaux de laboratoires. L’hélicoptère coaxial Pescara 2F est souvent complété par l’adjectif « pur ».

    Le 29 janvier 1924, le prix a été refusé au Marquis Pateras-Pescara ayant engagé sur un parcours défini par le concours, son appareil 2F qui était muni du cordeau. Une rafale de vent au retour fit toucher la béquille. Le 18 avril 1924, il battit le record du monde de distance pour hélicoptère. (Enregistré par la F.A.I.)

    Il est vrai que chacun pilotait son appareil. Seul le Pescara 2F était muni du premier manche à balai pour hélicoptère permettant de descendre en auto-rotation et réduire la vitesse de descente avant de toucher le sol en effectuant le coup de frein Pescara (inversion de l’incidence des ailes de la voilure).

    Le laboratoire volant disposait de 12 hélices réparties dans les directions à suivre. Seuls les « évolueurs » équipés de leur hélice étaient commandés par un levier qui était appelé manche à balai par son constructeur. Ce levier unique n’agissait que sur l’inclinaison des axes des « évolueurs ». Le changement de direction des appareils était assuré pour le n°2 par la réaction du vent sur des volets, fourni par une hélice. Sur le 2F c’était bien à l’aide d’effet de gauchissement sur la voilure commandée par le manche à balai.

    Ainsi mon devoir d’honorer mon père, argentin qui aimait vivre en France est accompli. Aux historiens de résoudre cette page qui démontre qu’il ne suffit pas d’être un génie de la mécanique pour se battre contre des moulins à vent. Mon père n’était pas hélas un compatriote de Don Quichotte ni du commandant Lamé.

    • J’ai eu le plaisir de rencontrer votre père dans la fin des années 50 alors qu’il était de passage à Nice. J’avais seulement 10 ans. Ma mère l’avait connu et je me souviens d’avoir été extrèmement impressionné de rencontrer « l’inventeur de l’hélicoptère ! »
      Il avait de nouveaux projets en tète, et ma mère me confiait que la vie d’un inventeur est d’exploiter sans cesse de nouvelles idées. Elle était pleine d’admiration pour lui. J’avais l’impression d’avoir rencontré Jules Vernes !

      • Merci de témoigner sur mon père qui fait mon admiration.
        Regrettable que le documentaire qui suit celui de Louis-Pascal Couvelaire sur ARTE samedi le 1/10/2011 à 21h 35 ne respecte pas l’histoire de l’Aéronautique. Mon père est argentin. Le gouvernement français convaincu par sa réalisation en 1919 d’un hélicoptère coaxial pur l’a fait venir à Issy-les-moulineaux pour construire plusieurs appareils.Dés le 16 janvier 1924, il parcourt avec son 2F 1160 mètres annoncera les agences de presseC’est le premier kilomètre parcouru par un hélicoptère n’en déplaise aux raconteurs d’histoires. Le 18 avril 1924, mon père pilotant son 2F remportera le record du monde de distance pour hélicoptère enregistré par la[b] F.A.I. à la demande de l’Aéroclub de France. M. Oehmichen sur son laboratoire volant n°2 ne put respecter le règlement du concours de 10000 fr décidé par l’Aéroclub de France en mars 1923 et pas en 1919 (film de M. Bégoin). M. Feldzer directeur du Musée montera dans un hélicoptère Pescara 3F de 1925 exposé sans sa voilure et annoncera que le Marquis de Pescara s’en retourna à ses voitures en 1924. Pourtant l’[b]Aérophile[/b] entre autre relate des essais de l’hélicoptère Pescara 3F à Saint Raphaël en 1926 et l’Aéronautique de 1931 publie un article de l’ingénieur Pouit sur l’Hélicoptère 4S de 1930 à Barcelone. Je ne pensais pas qu’à notre époque il était possible de rencontrer des initiés sur l’aviation aussi mal informés sur l’Histoire Aéronautique en France. Je n’avais pas osé témoigner dans ce documentaire de peur de passer pour un raconteur d’histoire. Je n’ai jamais pu obtenir un droit de réponse d’ARTE et d’FR3 Bourgognes. Vous verrez mon père depuis la bénédiction de son appareil jusqu’en 1923. Il existe des films en 1924 tournés à Issy-Les-Moulineaux. Ce documentaire qui serait plutôt une fiction est proposé à des écoles pour informer les élèves sans une mise en garde du non respect entre autre des dates concernant certains événements. Rien n’est plus beau que la grandeur nécessaire.

  • Un nouveau site plus technique relatant certains brevets aéronautiques du Marquis Pateras-Pescara.
    Une classification des voilures tournantes non exhautive pour différencier Autogire, Gyroplane, hélicoptère, laboratoire volant,hélicostat etc.
    Description particulière de certains appareils pour mieux comprendre leur appartenance.
    Conclusion du fils du marquis: un travail nécessaire d’ingénieur pour aider les historiens qui ne connaissent pas la technologie.

  • La devise du Marquis Pateras-Pescara:
    « Rien n’est plus beau que la grandeur nécessaire » que j’ai fait mienne explique la modération de la famille a mettre en valeur ce que d’autres auraient du faire pendant le centenaire de l’hélicoptère et en particulier l’UFh dont le président a refusé mon droit de réponse, mes indications correctrices, en les taxant d’indésirables.
    le fils du Marquis