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Le Corbusier et l’Argentine > la villa Curutchet

Le Corbusier
Dans le film argentin “L’Homme d’à côté“, la maison du docteur Curutchet en est le décor principal. Elle devient un véritable protagoniste pour former un trio avec le propriétaire et son voisin qui vivent une situation et des relations complexes. Des problèmes de voisinages que Le Corbusier n’avait sans doute pas prévu. La villa Curutchet est la seule œuvre de Le Corbusier construite sur le continent américain.

L’homme d’à côté – le film

« L’Homme d’à côté. Le voisin que Le Corbusier n’avait pas prévu »

Le Corbusier et l’Argentine

Les relations entretenues par Le Corbusier avec l’Argentine sont une succession d’espoirs et de projets avortés. Le premier d’entre eux est une commande de l’intellectuelle Victoria Ocampo, à qui Le Corbusier proposa des plans proches de ceux de la villa Meyer, mais l’écrivaine opta pour le projet d’Alejandro Bustillo. Une série de conférences, lors desquelles il présente notamment son Plan Voisin, fut l’occasion pour Le Corbusier de découvrir l’Argentine et plus particulièrement Buenos Aires, où il commence à élaborer ce qui deviendra le Plan régulateur, projet au long cours en lequel Le Corbusier croira longtemps.

Prismes de verre, luisants, géométriques, dans la lumière intense ; raison froide (milliards gagnés) et lyrisme (amour de l’ordre et la beauté, de l’organisation et de l’harmonie). Pure création humaine. Le rivage plat et impassible de l’Argentine porterait le signe de l’esprit créateur. Ici serait un poste de commandement. Ici, véritablement, tout est préexistant pour élever un monument de l’esprit contemporain : une grande ville du monde.
Le Corbusier, Précisions sur un état présent de l’architecture et de l’urbanisme

Le projet, longuement étudié par le gouvernement en 1948, est finalement abandonné, et Le Corbusier écrit alors, désabusé:

En ce qui me concerne, j’ai reçu d’Argentine les signes les plus trompeurs de ma carrière tout entière
est la ville sans espoir, la ville catastrophique que je connais très bien.

Au milieu de cette grande désillusion et de plusieurs projets de maisons individuelles qui ne donneront rien, seule émerge la Maison Curutchet, qui reste l’unique réalisation du maître sur le continent.

Le Corbusier a construit à La Plata un discours architectural élaboré, enraciné dans les arts plastiques, et a engendré une suite d’événements architecturaux qui nous invitent à découvrir la dimension poétique de l’architecture. La promenade architecturale de la maison Curutchet, c’est-à-dire la suite soigneusement calculée des espaces et des éléments avec lesquels la séquence est orchestrée, est la clef du déroulement dramatique de l’espace dans le bâtiment. De toute évidence, la rampe qui relie les deux principaux volumes du bâtiment est l’élément le plus important de la séquence : traversant tout le terrain, de la façade au fond, dans les deux sens, elle dévoile toute une gamme d’espaces (comprimés et expansés, ouverts et clos, profonds et plats, opaques et transparents); c’est un voyage jusqu’aux confins de nos perceptions spatiales.

La villa du docteur Curutchet

Le Docteur Pedro Domingo Curutchet (1901-1992) était un chirurgien argentin exerçant principalement dans un milieu rural. Vers l’âge de quarante-cinq ans, il décida d’établir sa pratique à La Plata, la jeune capitale de la Province de Buenos Aires (la ville fut en effet fondée en 1882) où il avait étudié la médecine.
C’est là ,que le Dr. Curutchet avait l’intention de construire une maison qui serait à la fois une petite clinique chirurgicale et une résidence unique pour sa famille.

Après avoir semble-t-il échoué à engager un architecte local, il s’intéresse alors à Le Corbusier qu’il n’avait jamais rencontré et demande à sa sœur Leonor (qui partait en voyage pour l’Europe) de le rencontrer à Paris.
Ce contact initial sera suivi d’une longue correspondance entre l’architecte et le client où il s’agissait de mettre au clair les aspects procéduraux – en particulier le paiement des honoraires – et qui prendra fin le 2 février 1949, quand Le Corbusier est informé que ses honoraires ont été entièrement versés. Il lance alors le processus de la conception, y associant Bernard Hoesli et Roger Aujame. Hoesli était un jeune diplômé arrivé depuis peu à l’atelier de Le Corbusier alors que Aujame était un ancien collaborateur ayant participé au chantier de construction de l’Unité d’habitation à Marseille.

Le Corbusier avait posé comme l’une des conditions de son acceptation de la commande de pouvoir choisir un architecte de chantier et proposé quatre candidats en Argentine et en Uruguay, parmi des amis et confrères en lesquels il avait confiance et qui connaissaient bien son travail. Le Dr. Curutchet choisit Williams en octobre 1948, c’est-à-dire longtemps avant que la première ligne du projet ait été tracée à Paris.

Amancio Williams (1913-1989) était un jeune architecte argentin ayant déjà mené à bien des projets importants – notamment la maison connue sous le nom de Casa del Puente (Mar del Plata, 1945) – et attiré l’attention au niveau international. Il joua un rôle important dans la réalisation de la construction en encourageant le Dr. Curutchet à continuer son projet pendant des périodes de doute provoqué par des retards dans le processus de construction et une inflation galopante. De plus, les plans, très professionnels et méticuleux, produits par l’atelier d’Amancio Williams pour la construction de la maison fut essentiel pour mener à bien la construction du bâtiment.

Début 1954, la maison était achevée et occupée par la famille du Dr. Curutchet. Bien que les changements apportés au projet initial aient modifié certains aspects des intentions de Le Corbusier, la maison Curutchet, telle qu’elle est construite, n’en reste pas moins incontestablement « corbuséenne » et constitue un exemple représentatif de son architecture d’après-guerre, une période qui fut, comme William Curtis l’a noté « aussi féconde que les années 1920 » et s’est caractérisée par une « appréciation mélodieuse de valeurs intemporelles et une obsession de l’harmonie de la nature ».

En effet, tout l’univers des thèmes corbuséens, anciens et nouveaux – les cinq points pour une nouvelle architecture des années 1920, les principes du purisme, le brise-soleil, les murs entièrement vitrés et la promenade architecturale – réapparaissent dans la maison Curutchet avec une poésie spatiale et une précision architecturale revigorées, montrant clairement que Le Corbusier procède à un métissage de principes et de postulats de deux périodes précédentes dans son œuvre : le langage héroïque et puriste des années 1920 et les expériences moins dogmatiques mais également riches des années 1930.

Deux aspects liés de façon complexe ressortent comme les plus frappants parmi les nombreuses caractéristiques remarquables de cette construction :

  • La relation avec la nature
  • La poésie spatiale articulée à travers la promenade architecturale.

Cette dernière contrôle et guide les mouvements dans toute la construction, menant à différentes destinations où le parc s’offre au regard des occupants dans des perspectives soigneusement encadrées, prises entre les cloisons en béton du brise-soleil, comme si la maison était inséparable du parc lui-même.

Le sort a néanmoins réservé à la Maison Curutchet un destin partagé par de nombreuses autres œuvres architecturales. Le Dr. Curutchet et sa famille ont complètement habité la maison pendant une dizaine d’années seulement, avant leur décision de retourner s’installer à la campagne. Peu souvent habitée et mal entretenue, la maison tomba en ruines jusqu’en 1987 où elle fut largement restaurée. Elle est aujourd’hui Monument national protégée et abrite le Colegio de Arquitectos de La Plata, l’association professionnelle d’architectes de la ville.

L’œuvre architecturale de Le Corbusier

En 2009, la France, l’Allemagne, l’Argentine, le Japon et la Suisse ont proposé l’inscription de l’œuvre architecturale et urbaine de Le Corbusier -dont la villa Curutchet – à la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
Il est le premier dossier consacré entièrement à l’œuvre d’un architecte du XXe siècle possédant une dimension transnationale de cette ampleur.

D’après Le Corbusier et l’Argentine, article de A.Lapunzina paru dans eav (education, architecture, ville), vol.4, 1998 (pp. 62-72)

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JB Vannier

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