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Entretien avec Georges Fleury sur “El Capitan Bouchard”

bouchard fleury
Jusqu’à l’édition de “El Capitan Bouchard” co-écrit par Georges Fleury et Hubert Jacquey peu de personnes connaissaient l’existence d’un français, corsaire au service de la jeune nation des Provinces unies du Rio de la Plata, future Argentine. Claude-Alain Saby avait bien écrit un texte retraçant son épopée. En 2010, année du bicentenaire de la révolution de Mayo qui marque le début des événements qui termineront par la déclaration d’indépendance de 1816, Georges Fleury et Hubert Jacquey nous permettent de mieux connaitre ce personnage singulier que fut Hippolyte Bouchard au travers du livre El Capitan Bouchard, Corsaire de la liberté (éditions Glénat, janvier 2010).
Natif de la citée corsaire Normande de Granville, c’est logiquement depuis la dunette que Georges Fleury a accepté de nous entretenir sur son livre:

Georges Fleury, vous avez une bibliographie impressionnante sur l’histoire récente de la France. Les corsaires ne sont pas en reste puisqu’en 2000 vous avez publié l’histoire du corsaire Pléville le Pelley. Cela laisse penser que vous avez une attirance pour les héros anonymes ou oubliés.

J’ai en effet une certaine propension à sortir de l’oubli des héros méconnus. Qui, en dehors de quelques initiés, connaissait le général Jean-Louis Delayen lorsque j’ai écrit Le Baroudeur ? Et qui avait entendu parler de Raphanaud, devenu Le Guerrier, de René Leguéré, grâce à qui j’ai, pour Le Para reçu le Prix Maréchal-Foch de l’Académie française? J’ai poussé le vice jusqu’à faire un succès en racontant la vie d’un de mes compagnons de combat, le second-maître Pierre Pihan, simple second-maître devenu chez Grasset Le Commando. Oui, je me sens à l’aise dans la biographie des inconnus …

Comment s’est passé cette rencontre avec l’épopée et le destin de Hippolyte Bouchard et qu’est ce qui vous a motivé pour suivre son sillage et en raconter l’aventure?

Comme l’immense majorité des Français, je ne savais même pas que Bouchard existait. Pierre Fabre, l’ancien propriétaire de la compagnie maritime des Chargeurs réunis, oncle de Jean-Claude Fasquelle qui fut mon patron aux éditions Grasset-Fasquelle où j’ai publié 29 livres, m’a un invité pour me parler de lui. Après m’avoir raconté son histoire flamboyante, il m’a demandé de revisiter le travail d’un de ses amis qui avait écrit un texte sur ce corsaire provençal. Séduit par le personnage, j’ai accepté mais les recherches faites par mon co-auteur Hubert Huguey ne me suffisant pas, je me suis laissé entraîne pendant plus de deux ans dans le sillage de Bouchard.

Dans le contexte historique de l’époque, quelle est la singularité de Bouchard? en quelle mesure se distingue-il des autres corsaires français qui possédaient ces lettres de course au service de leur pays ou en épousant la cause de nations à l’état embryonnaire comme l’était alors les Provinces Unies du Rio de la Plata, future Argentine?

La principale singularité de Bouchard c’est qu’il n’a jamais reçu de formation destinée à en faire un commandant de bateau corsaire ou non. Simple matelot canonnier, à moins d’un improbable miracle, il n’aurait certainement pas fait dans la marine française la carrière dont on parle encore. Révolutionnaire sincèrement déçu que Napoléon 1er ne respecte pas les promesses du général Bonaparte qu’il tait, il a quitté le service. Une fois aux États-Unis, le voyant si sûr de lui, si impressionnant et toujours si bien tenu, aucun armateur n’a jamais songé à lui réclamer les titres nécessaires à lui confier le commandement de leurs bateaux. Une fois à Buenos Aires, il en fut de même grâce aux recommandations d’Azopardo qui, lui, était un véritable officier. Pour le reste, même si on ne peut affirmer qu’il en ait eu beaucoup, il a eu la chance d’être apprécié par ses chefs politiques, tous aussi révolutionnaires convaincus que lui, les Saavédra, Alvéar ou San Martin, tout francs-maçons comme l’était aussi Simon Bolivar.

Selon les alliances de l’époque qui se faisaient et se défaisaient du jour au lendemain, Hippolyte Bouchard connu des mésaventures malgré lui et sans doute des désillusions face au combat qu’il menait. Cela lui valut d’être considéré par les uns corsaires et pour d’autres accusé d’actes de pirateries.

Où se trouve la limite qui fait d’un corsaire un pirate? Surtout en ce qui concerne Bouchard à une époque troublée où les États d’Amérique du Sud changeaient si souvent de maîtres. Si on s’en tient aux dates de péremption de ses lettres de course successives, il est certain qu’au plan le plus strict des lois de la mer alors en vigueur, Bouchard, parfois pouvait être un pirate.

Selon vous, qu’est-ce qu’il faudrait retenir d’Hippolyte Bouchard et quel est son “bilan historique” dans la lutte pour l’indépendance des pays d’Amérique du sud?

A mon sens, c’est surtout la durée de son engagement révolutionnaire qui place Bouchard si haut dans la caste des briseurs de chaînes sud-américains. Pour le plus grand bien de la cause, il a accepté lorsqu’il le fallut de servir des hommes qui lui déplaisaient, surtout parce qu’ils étaient anglais! Français devenu citoyen argentin, il était surtout un homme libre au sens le plus noble du terme. C’est surtout cela, au delà du baroudeur du rio de La Plata et du Paraná, du cavalier de la charge héroïque de San Lorenzo, qu’il faut retenir de lui. En tout cas, son bilan historique est bel et bien est indubitable. Sinon, comment expliquer que tant de rues, de places et même une ville de la province de Cordoba portent aujourd’hui son nom. Et que quatre bateaux de l’Armada argentine dont nous célébrons en cette année le bicentenaire, aient été, eux aussi – le dernier en date ayant combattu durant la guerre des Malouines ! baptisés Hipolito Bouchard ?

El Capitán Bouchard, corsaire de la liberté
Editeur: Editions Glénat
Collection: Hommes et Océans
Parution: 27/01/2010
ISBN : 2723473716
Prix: 22,00 €

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JB Vannier

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