Henri Brégi > le premier vol dans le ciel d’Argentine


Henri Brégi (Sedan 1888-1917) a alors 21 ans lorsqu’il vient en Argentine avec d’autres aviateurs européens pour répondre à l’invitation du baron Antonio de Marchi pour participer aux festivités du centenaire de l’Argentine.
Henri Brégi n’est pas un inconnu pour l’époque. A la grande semaine de Paris en octobre 1909, il accumule les prix et réalise un vol parfait de 30mn! une prouesse.
Doté de son brevet de pilote N°26 obtenu le 21 décembre 1909, Henri Bregi et son frère arrivent début janvier avec 2 biplans « voisin » de 50hp.
Le 6 février 1910 Henry Bregi commence son premier vol d’essai sous le regard de 3000 personnes venus assister à une compétition automobile et de moto sur l’hippodrome de Longchamps (aujourd’hui disparu) du Jockey Club. Avec son biplan, il fait deux tours de pistes à environ 15 m de hauteur avant de se poser.
1 heure plus tard, il entame un deuxième vol qui sera homologué officiellement* par l’Aero Club Argentino, l’institution qui représente localement la Fédération Aéronautique Internationale dont Jorge Newbery fait parti.
Le vol dura 8mn 45s à une altitude de 60m à 40km/h, à l’atterrissage Henry Bregi fut ovationné par la multitude, fière d’avoir assisté au premier vol d’un « plus lourd que l’air » en Argentine.

La joie est telle que Henri Brégi passera son temps à emmener les notables de la région désireux de recevoir leur baptême de l’air. Les liens avec la France sont une fois de plus au goût du jour.
Au sud de Buenos Aires, une rue porte le nom de Henri Brégi dans le district Almirante Brown à deux pas de la station Longchamps.

L’enthousiasme pour l’aviation naissante est vif en Argentine. Avec l’ouverture de l’aérodrome de Villa Lugano en mars 1910, l’Argentine commence à se doter d’infrastructures. C’est ici que quelques mois plus tard, Emile Aubrun, compatriote de Henry Brégi, réalise le premier vol nocturne au monde le 31 mars 1910.

Au retour d’Argentine, il écrit à Jacques Mortane de son vrai nom Jacques Romanet (1883-1939), journaliste spécialiste de l’aviation et écrivain. Henri Brégi lui raconte quelques anecdotes piquantes arrivées lors de son séjour:

Là-bas, à Buenos-Aires, les émotions n’ont pas manqué; il fallait montrer aux Argentins les progrès de l’aviation française inconnus d’eux. Après bien des incertitudes, des difficultés de moteur, j’ai pu réussir les vols annoncés et aussi une promenade aérienne dans les environs de la capitale.
Quel voyage! Perdu dans le brouillard, inquiet, ne sachant plus où aller, j’ai enfin retrouvé le soleil après avoir décrit deux grands cercles. Alors, le rire me prit à la vue des bestiaux effrayés courant en tous sens; une fermière surprise laisse choir son seau de lait; un laboureur ébahi lâche sa charrue !
L’aviation avec passager a aussi ses gaietés : un snob étranger veut s’auréoler d’un voyage aérien; il est très crâne au départ; je le monte à 50 mètres ; mon homme se cramponne aux montants, me serre avec les genoux, devient muet, pâlit, claque des dents. Il était temps de toucher terre car, tel le conscrit entendant pour la première fois siffler les balles, mon compagnon s’était oublié!
Il y a des femmes plus braves. Prestement, ma passagère est coiffée d’une casquette par mon mécano qui, après lui avoir serré les jupes avec une corde, l’installe dans le fuselage. En l’air, une voix s’exclame : « Plus haut, encore plus haut, quelle griserie! » À la descente, plus de casquette, plus de chichis ; ils ont quitté la gentille tête pour s’accrocher aux tendeurs !
C’est moins désagréable que ma première bûche lors d’un concours d’aviation. Avec un appareil flambant neuf, je pars chargé de cent litres d’essence, serrant de près les concurrents à 70 à l’heure. Étant à faible hauteur, un remous me plaque dans les blés qui s’enroulent autour du châssis ; je me cramponne au volant et faisant un saut périlleux pour retomber à quatre pattes dans le champ; l’appareil se retourne et je vois la cellule arrière qui va m’écraser. Comme un lapin, je détale pour sauver ma peau! Et mélancoliquement, je contemple ensuite le bel oiseau blessé!

* Ce n’est que le 11 juin 1911 que la commission aéronautique décide qu’Henri Brégi est le premier à voler en Amérique du Sud. En effet, le 30 janvier Ricardo Ponzelli, un aviateur italien à décollé d’un autre endroit (campo de mayo) mais s’est crashé peu après. Après avoir atteint 10m d’altitude et parcouru 200m, une rafale de vent déstabilise l’avion et touche violemment le sol, ce qui entraine la rupture de la queue et du train d’atterrissage. Après une longue controverse qui eut son retentissement au niveau national et international, la tentative de Ponzelli ne fut pas reconnu en tant que vol et qualifié de « saut ».

A voir aussi: Henri Bregi et Émile Aubrun sur le site Aviation-Maisons-Champagne
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