2 # Patagonie > Naissance d’une “Nouvelle France”

27 octobre 2007 Publié dans Histoire, Littérature

Sur une modeste tombe d’un petit cimetière du Périgord, on peut lire cette épitaphe : Ci-gît Orélie-Antoine Ier, roi de Patagonie, décédé le 18 septembre 1878. La plus étrange épopée qui puisse se concevoir…

Antoine de TounensL’histoire commence donc le 12 mai 1825 au hameau de La Chèze, près de la localité de Chourgnac D’ans, en Périgord, où est né Antoine de Tounens, huitième d’une famille de neuf enfants. Après de solides études, il devint en 1851 avoué à Périgueux. Celui-ci exerce une profession semblable à celle d’avocat aujourd’hui. Il a pour mission de représenter son client en justice, de rédiger des actes de procédure et de formuler les prétentions de son mandant sous forme de conclusions pour permettre aux magistrats de statuer.

Le personnage était un visionnaire. Passionné d’histoire et admirateur des grandes épopées coloniales, il déplorait la perte du Canada et de la Louisiane et rêvait de donner à la France un territoire qui les compenserait. Féru de géographie, il n’ignorait pas l’existence des terres qui allaient devenir son royaume.

En juin 1858, ayant vendu son Etude d’avoué, Maître Antoine Orélie de Tounens s’embarque à Southampton et part à la conquête de l’Araucanie-Patagonie.

Comme l’a très bien noté un autre écrivain, Guy Breton, “ce n’est pas par hasard que le choix d’Antoine Orélie de Tounens s’est fixé sur l’Araucanie. Il sait que ce pays, qui résista 250 ans à l’Espagne et lui fit perdre plus de soldats que tous les peuples de l’ancienne Amérique réunie, tient tête maintenant au Chili, qui voudrait annexer son territoire. Et l’avoué pense avec assez de logique qu’il suffirait d’un homme intelligent placé au-dessus des caciques (chefs de tribus) pour que la résistance fût efficace. Cet homme, ce sera lui.
Notre homme s’était également rendu compte qu’un autre élément politique était de nature à faciliter son entreprise. En effet, à cette époque, ces immenses territoires ne faisaient pas seulement le jeu des convoitises chiliennes, mais aussi argentines.

Antoine de Tounens espérait ainsi pouvoir tirer parti de cette rivalité et créer ce qu’il appelait une “Nouvelle France”.

Par ailleurs, il avait relevé le titre de Prince qui existait dans sa famille, assurait-il, depuis des temps immémoriaux, puisqu’il affirmait descendre d’un ancêtre lointain, Tonentius Fereolus, Sénateur Gallo-Romain, Préfet du Prétoire, en l’an 450, chef de l’une des plus puissantes familles gauloises romanisées d’Auvergne, fondateur de la ville de Tononsium (d’où Tounens).

Sur le bateau, lors du voyage, il laisse pousser sa barbe et ses cheveux, car pour les Indiens, cela est symbole de dignité et signe de majesté. Pour impressionner ces derniers, conscient de son aspect, il revêt une lévite, ceinte, à la française, mais couverte d’un poncho, et porte à la ceinture un sabre courbe de cavalerie. Il emporte avec lui un drapeau et sa propre monnaie frappée aux armes du futur royaume. Le 28 août 1858, il débarque sur le petit port de Coquimbo qui appartient au Chili et qui se situait à 400 kilomètres au nord de Santiago. Il apprend l’espagnol car, ce qui est singulier il ignore la langue des territoires qu’il se propose de conquérir (!) et l’équitation, ce qui lui sera nécessaire pour traverser les territoires qu’il voulait traverser.

En octobre 1860 il quitte Valparaiso pour l’Araucanie. L’épopée commençait!

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